La démarche détendue et le sourire figé, Colin Mc Philips pourrait presque passer inaperçu tant le personnage est simple, tranquille et accessible. Et pourtant, ce père de famille de 36 ans originaire de San Clemente en Californie, est un des longboarders les plus titrés au monde. Tombé amoureux du Stand Up Paddle depuis plusieurs années, ce talentueux surfer touche à tout, apporte aujourd'hui à la discipline toute son expérience, tant en matière de surf qu'au niveau du shape...
Salut Colin, pour commencer cette interview, j’aurais souhaité revenir sur ton parcours et les moments forts de ta carrière ?
J’ai débuté le surf très tôt (5 ans) et passé une partie de mon enfance à faire des compétitions amateurs en shortboard. A l’adolescence, j’ai décidé d’y participer également en Longboard car j’adorais cette discipline et j’ai gagné un grand nombre de titres amateurs (NSSA) dans ces deux catégories. Je suis ensuite entré dans le circuit professionnel de Longboard (WLT) à 17 ans et obtenu mon premier titre mondial en 1999 puis les choses se sont enchainées avec mes deuxième et troisième titres en 2001 et 2002. Je continue à adorer le shortboard et à pratiquer régulièrement, mais certains aspects du Longboard me correspondent bien, je me sens vraiment bien sur ce type de planche.


Quand as-tu commencé le Stand up Paddle ? Comment s’est déroulée la transition depuis le Surf ?
J’ai commencé il y a environ 2 ans. C’est assez amusant car mon père a commencé avant moi et je lui ais dit que je voulais vraiment m’y mettre et avoir mes propres planches. J’ai fait ma première session à San Onofre, sans leash ni wax, en me disant que cela serait simple mais ça a été très difficile en réalité [rires]. J’ai décidé de persévérer en ne faisant que ça pendant environ 2 mois et je suis rapidement devenu accroc. La transition n’a pas été trop violente car je me suis toujours senti à l’aise sur les grandes planches, mais il m’a fallu apprendre à bien utiliser la pagaie. Une des raisons pour lesquelles j’aime tellement le SUP est que tu peux aller 2 fois plus vite et tourner avec 2 fois plus de puissance avec une pagaie dans les mains. J’ai toujours été un surfer ‘’rail to rail’’ et j’adore me décentrer (= pencher/coucher) pour faire un énorme virage sur le rail et sentir la puissance se propager dans mes jambes. Ce qui est également génial avec le SUP c’est l’aspect familial et ludique de sa pratique : même s’il n’y pas de vague tu peux aller ramer sur eau plate avec ta femme ou tes amis, avec une planche volumineuse c’est vraiment accessible à n’importe qui.
Quels sont tes spots de prédilection et avec qui partages tu tes sessions ?
Quand je suis à la maison, mes deux principaux spots sont Dogpatch à San Onofre et Middles à Trestles (San Diego). Mes ‘’surf-mates’’ n’ont pas vraiment changé car la plupart des amis avec qui je surfais tous les jours auparavant, font tous du SUP aujourd’hui. C’est amusant car on a l’impression de revenir à nos débuts : chacun prépare impatiemment sa planche la veille, on compare notre matériel, on va checker les vagues ensemble…J’aime toujours autant le surf et j’en ferai toute ma vie mais après plus de 30 ans de pratique, le SUP m’a en quelque sorte ‘’re-juvénilisé’’ et redonné à travers sa pratique, beaucoup de joie et d’excitation que j’avais peut être un peu perdu au fil des années.

Quelle à été l’évolution du SUP en Californie ces deux dernières années ?
Le SUP est devenu quelque chose de très important en Californie, probablement l’activité nautique avec plus grosse progression de tous les temps. Cette discipline touche la plupart des endroits et tu croises sans arrêt des grosses planches sur les toits de voitures. Les vagues californiennes sont vraiment adaptées à la pratique du SUP. Nous avons pour l’instant assez peu de compétitions de SUP surfing (2 pour être exact) mais la scène ‘’Race’’ est énorme. Certaines courses accueillent plus de 400 participants qui s’affrontent avec un grand sourire et se retrouvent ensuite autour d’un barbecue pour partager une bière. Ces événements sont très bien organisés et réussissent vraiment à fédérer un grand nombre de personnes de différents horizons, dans une ambiance toujours très conviviale et respectueuse.
L’an passé tu à participé au SUPWT, quelles ont été tes impressions ?
J’ai uniquement participé à l’épreuve d’Anglet en France et j’ai été impressionné par le niveau général. J’étais également très content de constater que certains Longboarders que j’avais l’habitude de côtoyer, s’investissaient aujourd’hui dans le SUP et faisaient progresser la discipline. Je pense à quelqu’un comme Antoine Delpero, qui surfe formidablement bien depuis des années sur le WLT et a vraiment acquis un excellent niveau en SUP (vainqueur à Anglet, ndlr). Le niveau des participants va progresser très rapidement et je sens que ce genre d’événement va connaitre un gros succès, espérons-le.


Tu as été invité au Festival de Dahkla au Maroc, qu’as tu pensé de l’épreuve de SUP ?
C’était la première fois que je me rendais là bas et j’ai trouvé que c’était une ‘‘Compétition / Exhibition ’’ très sympa. Il n’y avait rien de formel, mais juste un événement avec quelques uns des meilleurs pratiquants à travers le monde (France, Californie, Australie…). C’était vraiment un excellent moyen de promouvoir le SUP et les gens étaient réellement impressionnés. Depuis plusieurs années le festival est plutôt focalisé sur le Longboard et cette année le SUP était vraiment mis en avant. Le spot de l’épreuve était un excellent point break en droite parfaitement adapté à la pratique du SUP. J’aimerais bien d’ailleurs qu’un jour nous ayons un gros événement là bas. Finalement le SUP c’est un peu comme le Longboard, je ne suis pas forcément convaincu qu’il faille rechercher à faire un World Tour avec des grosses vagues, les planches ne sont pas faites pour ça de toute façon. Il y a évidemment des gens qui chargent du gros en SUP et c’est très impressionnant, mais dans des vagues d’1 à 2m, les planches de SUP marchent tellement bien, elles vont vite, tournent facilement, je crois que c’est vraiment pour ça qu’elles sont étudiées. Une compétition sur un long point break c’est à mon sens ce que l’on peut rêver de mieux.
Tu es aujourd’hui de passage en Bretagne, quelle est la raison de ta venue et tes premières impressions sur la région ?
Je suis venu plusieurs fois dans le sud ouest de la France mais c’est la première fois que je visite le nord ouest du pays. Je suis très impressionné par la Bretagne, c’est vraiment magnifique et ça me fait un peu penser aux paysages que j’aime tant dans le nord de la Californie. L’ensemble de la côte est incroyable et les décors semblent tout droit sortis d’un film, c’est tellement vert et sauvage ! Je suis venu participer à la North Point Classic organisée par Greg Closier les 21-22 Mai et on a vraiment passé un super moment entre l’épreuve de SUP-Race et l’épreuve de SUP-Surfing. C’est typiquement le genre de concept d’événement combiné auquel j’ai toujours rêvé de participer. Réunir les deux aspects du SUP au sein d’une compétition c’est ce qu’on peut faire de mieux. J’ai été vraiment impressionné par le nombre de participants, l’ambiance conviviale et le niveau de certains coureurs en Race ou en Surf.

Puisqu’on évoque justement la Race, c’est également un aspect du SUP dans lequel tu es très reconnu, peux tu nous rappeler tes principaux résultats de la saison 2010 ?
J’ai fait une belle saison en Race l’année dernière, en terminant dans le top 10 des 2 courses ‘’Battle of the Paddle’’ (Californie et Hawaii). J’ai également terminé 2ème aux championnats US à la fin septembre où étaient présents les meilleurs du pays donc j’étais plutôt content. Au niveau de ma préparation physique, je dois admettre que je ne passe pas mes journées dans les salles de gym. J’essaie de faire attention à moi-même et m’entraine sur eau plate quand je peux ce qui n’est pas forcément facile car surfer des vagues c’est tellement plus fun ! [rires] Pour cette saison 2011, j’ai pour l’instant été sur la côte Est des US à la Carolina Race ou j’ai fini 5ème et j’ai d’autres courses à venir pour cet été. Je vais donc essayer d’encore mieux me préparer physiquement quitte à faire l’impasse sur certaines sessions dans les vagues. J’aimerais bien viser l’objectif du top 3 pour chaque course.
Ca ressemble à un emploi du temps un peu chargé ?
En fait, j’ai l’impression d’être toujours sur le départ. Les déplacements sur les compétitions me prennent pas mal de temps. Les mois prochains s’annoncent bien chargés avec également différents trips organisés en SUP. Parallèlement à ça, je suis toujours Longboarder pro et continue donc à voyager pour des surf-trips ou des compétitions même si cette année, je crains que l’épreuve principale de championnat du monde (WLT) n’ait pas lieu.
Quels sont tes prochains trips et les destinations que tu apprécies le plus ?
Une de mes destinations favorites est sans aucun doute la Baja California (Mexique), autour de Cabo san Lucas, San Jose del Cabo. C’est justement l’endroit ou je vais quelques jours après mon retour de France pour participer avec Byron Kurt (team rider Hobie) à un camp ‘’SUP Clinic’’ en Race et Surfing. J’ai également deux séjours prévus dans l’Utah et au lac Tahoe (entre la Californie et le Nevada). C’est génial car on part en famille dans les montagnes pour ramer et s’amuser autour des lacs. Je n’aurais jamais imaginé qu’on pourrait autant s’amuser en dehors de l’océan. Parmi les destinations qui m’ont le plus marqué, je pense à l’Indonésie, les Maldives, Hawaii ou bien l’Afrique du Sud. Je rêve justement de retourner à Jeffrey’s Bay avec un SUP. La section ‘’Inside Point’’ est la meilleure vague que je connaisse pour le Longboard : un point break parfait avec du creux, elle doit être fabuleuse en SUP. Ce n’est pas planifié mais c’est réellement un trip que je veux faire sans faute.



Parlons désormais un peu plus d’équipement, comment a commencé l’aventure avec Hobie ?
J’ai toujours été très proche de Jeff Alter (président Hobie) et Mark Johnson, qui me shapait déjà des Longboards il y a quelques années. Quand j’ai voulu me lancer dans le SUP il y a 2 ans, j’ai été voir Mark pour qu’il me fasse une planche. Nous avons rapidement commencé à réfléchir sur de nouveaux designs et j’ai été totalement emballé. Nous collaborons tous les 2 depuis ce jour-là et c’est vraiment un bon ami avec qui il est très agréable de travailler. Nous avons développé une gamme de 6 modèles de SUP et 4 modèles de Longboard. Ces planches marchent vraiment bien et correspondent exactement à ce que je veux surfer et souhaite proposer au grand public. C’est vraiment un très bon exemple de collaboration gagnant-gagnant entre un shaper et un surfer.
Peux-tu nous présenter plus en détail ton pro model 2011 ?
En fait quand j’ai commencé à travailler avec Mark sur les différents modèles, je voulais partir d’un shortboard et l’agrandir pour en faire une planche de SUP performante. On a choisi un modèle de planche type 80’s avec un peu de largeur et d’épaisseur pour faire notre premier modèle de SUP en 9’0 puis on a amélioré les shapes afin de proposer les 6 planches de la gamme ‘’CM Ultimate Series’’ : 7’11 / 8’4 / 8’11 / 9’4 / 9’10 / 10’4. Mes planches de tous les jours sont la 8’4 et la 7’11. Je dirais que ma 8’4 est celle qui marche dans n’importe quelle condition de vague de 30cm à 2m. Au niveau shape cette planche a un outline confortable avec un swallow tail et un nose légèrement arrondi autorisant quelques noses. Je la surfe en 28.5’’ de large par 4’’ d’épaisseur avec une construction vraiment légère et solide en Polystyrene/Epoxy.

Ce matin tu ridais un proto, peux tu nous dévoiler quelques infos sur les modèles 2012 ?
Durant toute ma carrière, j’ai toujours été convaincu du bienfait de réduire le poids des planches : plus la planche est légère et plus elle est rapide, manœuvrable et facile à surfer. Pour construire des grandes planches de SUP, le challenge n’est pas uniquement de faire quelque chose de léger mais aussi de rechercher la solidité et la durabilité du produit. Au niveau du shape, beaucoup d’éléments ont été conservés, le tail, la carène (V et concaves)... Mais le nose a été réduit en largeur pour tendre de plus en plus vers un shape ‘’shortboard’’.
Nous avons opté pour une construction sans latte, avec des rails paraboliques en carbone pour gagner un maximum de poids et les premiers résultats sont incroyables. La planche marche vraiment bien et nous allons continuer à apporter quelques petites modifications et espérons la proposer au grand public l’année prochaine. Je pense qu’on a vraiment franchi un pas supplémentaire dans l’évolution de nos planches vers la performance, c’est notre principal leitmotiv avec Hobie.
Quelles planches utilises-tu pour la Race ?
Pour la Race j’utilise des planches de séries Hobie 12’6 Elite Race ainsi que la 14’ Elite pour les longues distances. Elles marchent vraiment bien et ont un comportement très sain sur l’eau. Sans doute grâce à l’immense expérience qu’a Hobie sur les carènes et sa grande histoire dans la voile (Hobie Cat).
Quels sont tes préférences au niveau des Pagaies ?
J’utilise des pagaies plus petites pour surfer dans les vagues (Hobie 7.8’’, longueur 80’’) afin de ramer rapidement et pour manœuvrer avec précision. Pour la Race, je prends des pagaies plus grandes avec une pale plus large (Hobie 8.5’’, longueur 82.5’’) pour avoir plus de puissance à la rame et pour compenser la hauteur de la planche sur l’eau.

Pour finir, quels sont tes projets pour cette fin de saison ?
Pour cette année, mon principal objectif est de bien marcher à la Battle of the Paddle en Californie les 24-25 septembre à Dana Point. Tous les meilleurs seront là et ca sera certainement l’événement de l’année en Race. Je vais vraiment m’entrainer dur pour ça. Un autre de mes objectifs est également de participer à l’épreuve californienne du SUP World Tour à Huntington (où il termina 2ème ndlr) , ça sera une vitrine exceptionnelle pour la discipline en Californie! J’aimerais vraiment que les compétitions de SUP surfing se développent aussi bien que les événements de Race en attirant des participants du monde entier. Le reste de l’année consistera à faire de la Race, continuer à Surfer, faire des voyages et tout simplement profiter de la vie et de ma famille.


